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1957 - 1997
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Quarante années d'acadèmie de Saintonge
Château de La Rochecourbon, 5 octobre 1997

XII. L'été finit sous les tilleuls...

Quarante années sont à la fois beaucoup et bien peu dans la vie d'une académie, si celle-ci, comme c'est le cas de l'Académie de Saintonge, se veut garante d'une culture et d'une identité. Il n'est nullement facile de s'ériger soimême examinateur. Il convient avant tout de justifier aux yeux de tous le titre même d'académie. Pour cela: crédibilité et rigueur... La crédibilité se gagne à la fois par la qualité et la diversité d'horizon des académiciens eux-mêmes, et par la pondération de leurs choix en matière de prix. Sur un total de soixante-deux membres depuis l'origine, il est clair qu'à part trois cas singuliers, tous les académiciens ont largement produit des oeuvres de l'esprit avant et après leur élection.

La plupart relèvent du domaine régional, mais le profil de nombreux académiciens dépasse le strict cadre charentais, soit par profession, soit en vertu de leur oeuvre. Les exemples en sont nombreux; il suffit de citer les noms de René Guillot, Pierre-Henri Simon, Maurice Rat, Thomas Narcejac, Jean Glénisson, Jean Duché, Madeleine Chapsal, Jean Favier ou Jean Mesnard... Tous ont acquis une notoriété nationale ou internationale grâce à leurs travaux.

En second lieu, leurs spécialités sont suffisamment diverses pour valoir brevet d'ouverture d'esprit : un gros tiers d'entre eux sont des historiens ou archéologues, un quart des littérateurs au sens le plus large et un cinquième des artistes ou des esthètes. Cette confrontation d'opinions et de regards aussi complémentaires explique en grande partie la justesse de leurs sélections quant aux prix qu'ils distribuent, justesse qui ne s'analyse qu'avec le temps, une fois passés les effets de mode ou de «sollicitation», comme l'expriment très clairement les statuts de l'Académie pour évidemment s'en méfier. Si on étudie avec recul la liste des ouvrages primés par l'Académie, on reste frappé par le fait qu'il s'agit dans leur grande majorité d'oeuvres marquantes ou à tout le moins qui demeurent dans la mémoire régionale, surtout après le tournant imposé par Jean Glénisson. Sur un total de 168 distinctions décernées en quarante années d'activité, on peut affirmer qu'une dizaine au plus se verraient écartées aujourd'hui. Quant aux «oublis» qu'aurait eus l'Académie durant ces quarante années, on a beau rechercher dans les bibliographies, on n'en trouve pas. Ceci est dû au fait que lorsqu'un millésime se révèle particulièrement riche, l'Académie n'hésite pas à jumeler une distinction ou à augmenter le nombre de ses prix. Quitte d'ailleurs à ne pas en donner lorsque le choix bute sur la qualité.

Ces coutumes, plus que ces règles, datent toutes de la direction de François de Chasseloup-Laubat. C'est lui qui a établi un système rigoureux d'octroi des prix qui, peu ou prou, demeure. Le choix des livres ou des personnalités est souvent étudié par une commission et, en tout cas, jamais retenu en première proposition lors d'une séance privée. De même, jamais un livre n'est sélectionné si un académicien l'a rédigé ou y a personnellement participé, à l'exclusion des préfaces. En revanche, il est arrivé une fois qu'un académicien régulièrement élu soit primé pour l'ensemble de son oeuvre: cette entorse apparente concerne le journaliste Rémi Avit, élu le 11 janvier 1970 et récompensé le 24 juillet de la même année par le prix de Saintonge; en fait, le choix avait déjà été décidé pour 1969, puis ajourné en raison d'une trésorerie au plus bas étiage. L'ensemble des procédures que l'Académie s'impose pour les élections et l'établissement de son palmarès, peut paraître lourd ou pire, désuet; il est une garantie de sérieux et une preuve de responsabilité devant la région. Du temps de Chasseloup-Laubat, un dépôt préalable des oeuvres était exigé, ainsi qu'une demande en bonne et due forme de leurs auteurs. Cette approche risquant de limiter la liberté de choix, Pierre-Henri Simon proposa de l'abolir, ce qui fut fait le 9 août 1966 à l'occasion du prix de Saintonge décerné à Kléber Haedens pour son très beau roman seudrais dont le titre, à lui seul, pourrait exprimer ces séances publiques où l'Académie toute entière se pare pour célébrer sa région: L'été finit sous les tilleuls...

Un peu comme les anciennes vestales, le rôle de l'Académie de Saintonge est de signaler, et ce faisant d'oeuvrer pour la vitalité de la culture charentaise. Depuis l'époque de ces discussions sur la vocation et le «territoire» de l'Académie, menées sous la direction de François de Chasseloup-Laubat et reprises par Roger Bonniot, et devant la pratique continue de la compagnie en matière de recrutement de ses membres et de distribution de ses prix, on est aujourd'hui conduit à considérer la Saintonge, non plus comme l'ancienne province de Saintes, mais comme un concept nouveau dont quarante années d'Académie auront été la matrice : de la même façon que le saintongeais est, avec le temps, devenu la langue des Charentais, la Saintonge est en train de devenir leur espace culturel, leur signe préféré de reconnaissance, leur symbole d'attachement (30).

30- Cette petite étude historique sur l'Académie de Saintonge doit beaucoup à la précision des comptes-rendus de ses secrétaires successifs, ainsi qu'à la mémoire des académiciens actuels, notamment à celles de Madeleine Chapsal, de Claude Coutant-Pajany, de Louis Desgraves, de Christian Genet, de Jean Glénisson et de Charly Grenon. En outre, elle puise une partie de ses sources dans le mémoire de bibliothécaire soutenu en 1984 par A. Laurent.

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I. Une fondation décevante
II. Saintes ou Saintonge ?
III. Hésitations de Martin-Civat
IV. La direction fondatrice
V. La patoisante et le professeur
VI. Le "délégué" Roger Bonniot
VII. Jean Sorillet, deuxième
VIII. Trésorerie et secrétariat
IX. L'équilibre René Mesnard
X. Les dix glorieuses de Jean Glénisson
XI. Le Quart d'heure saintongeais
XII. L'été finit sous les tilleuls ...
Textes extraits des publications de l'Académie de Saintonge - Photographies Jacques Dassié - Réalisation Internet Micro-Media Studio