Rapport d’Alain Quella-Villéger
Il y a deux ans, l’Académie de Saintonge a récompensé pour la première fois une bande dessinée, (Abdallahi, de Christophe Dabitch et Jean-Denis Pendanx) abordant la solitude d’un homme qui marche, l’explorateur René Caillié.
Voici une autre bande dessinée, en noir et blanc – on dit de plus en plus roman graphique – ; une autre solitude aussi, celle d’un homme dans un phare. Tout seul en est le titre-programme.
Il s’agit d’une BD poétique. Un goéland peut mettre 39 vignettes à effectuer un vol plané, comme un ralenti de cinéma. Cette sorte de minimalisme, impossible même en littérature, pousse en fait l’exigence créatrice à son maximum d’intensité, un art du non-dit ou du non-montré qui invite le lecteur à faire ce qu’Eugène Carrière avait conseillé à un apprenti-peintre : « Fermez les yeux et faites ce que vous voyez ». Le pari est là ; aucune esbroufe, une sorte de timidité de l’image, mais avec quelle force !


Au moins voulons-nous lui signifier en le faisant lauréat, qu’au-delà de son talent récompensé, ce prix est un signe de bienvenue et d’adoption… Et qu’il n’est pas tout seul !

